Le 8 avril 2026 : Les coordonnateurs de l’emploi dans la collectivité (CEC) ont occupé des fonctions spécialisées en matière de réinsertion sociale au sein du Service correctionnel du Canada (SCC),. Ils sont chargés d’aider les délinquant-e-s sous surveillance fédérale à trouver des possibilités d’emploi, de coordonner les relations avec les employeurs et d’aider les équipes de gestion des cas à gérer les facteurs de risque liés à l’emploi.
Dans le cadre de l’examen exhaustif des dépenses, tous les postes du CEC (25 au total) au sein du SCC sont supprimés en vue de faire des économies. Le SCC a fait savoir que les fonctions exécutées par les CEC, qui sont confiées depuis des décennies aux personnes occupant ces postes, peuvent désormais être soudainement prises en charge par d’autres bureaux de placement dans la collectivité financés par EDSC.
Le SESJ craint fortement que de nombreux employé-e-s travaillant dans des organismes communautaires n’aient que peu d’expérience, voire aucune, pour répondre aux besoins complexes en matière de réinsertion des délinquant-e-s fédéraux ayant purgé de longues peines dans des établissements pénitentiaires fédéraux, beaucoup étant assujettis à des conditions de surveillance qui les obligent à chercher et à conserver un emploi.
Plus particulièrement, les membres du SESJ qui ont occupé des fonctions de CEC ou qui ont travaillé en étroite collaboration avec ces employé-e-s ont fait part de leurs inquiétudes concernant les points suivants :
- Baisse du taux de décrochage d’un emploi chez les délinquant-e-s sous surveillance fédérale
- Capacité réduite à faire un suivi de l’emploi en tant qu’indicateur de réinsertion
- Charge de travail accrue pour les agent-e-s de libération conditionnelle fédéraux et les équipes de gestion des cas
- Recours accru à des organismes communautaires externes qui ne disposent pas d’une expertise propre au SCC
- Risque accru de déstabilisation et de récidive au cours de la réinsertion dans la société
Ces risques sont particulièrement importants et contradictoires lorsqu’on les examine à la lumière du Cadre fédéral visant à réduire la récidive, élaboré par le gouvernement libéral en 2021-2022 à la suite d’une motion adoptée à l’unanimité par tous les partis à la Chambre des communes.
Le cadre a été lancé par l’honorable Marco Mendicino, alors ministre de la Sécurité publique, et avait pour but de cerner les domaines et les stratégies permettant de réduire la récidive, l’un des principaux piliers étant l’emploi et la stabilité du revenu.
Ainsi, du point de vue du SESJ, la suppression du poste de coordonnateur de l’emploi dans la collectivité compromet la capacité du gouvernement du Canada à atteindre les objectifs fédéraux en matière de sécurité publique, de réinsertion sociale et de réduction de la récidive.
Il est largement admis que l’emploi constitue l’un des facteurs de protection les plus efficaces contre la récidive. Sans une aide à l’emploi ciblée et spécialisée, les délinquant-e-s sous compétence fédérale risquent de se retrouver en situation prolongée de sans-emploi ou dans des conditions d’emploi précaires.
Les commentaires des CEC qui travaillent en première ligne et des personnes connaissant bien ce poste indiquent que sa suppression pourrait entraîner une baisse du nombre de placements, une prolongation de la durée de la recherche d’emploi, une instabilité financière accrue et une diminution de l’engagement prosocial.
Accès restreint aux possibilités d’emploi
Les personnes travaillant comme CEC ont noué des relations et entretenu divers réseaux d’employeurs disposés à embaucher des personnes ayant un casier judiciaire ou des antécédents judiciaires.
Les personnes ayant un casier judiciaire risquent maintenant de devoir se tourner vers les sites de recherche d’emploi généraux, où la vérification du casier judiciaire limite souvent leurs possibilités. Les CEC favorisent la mise en place de réseaux fondés sur des années passées à entretenir les relations et à bâtir la confiance.
Cette perte d’engagement de la part des employeurs risque de réduire considérablement l’accès aux possibilités d’emploi pour les délinquant-e-s sous surveillance fédérale.
Contexte : Rôle des coordonnateurs de l’emploi dans la collectivité
Les coordonnateurs de l’emploi dans la collectivité offrent des services d’aide à l’emploi dans la collectivité adaptés aux délinquant-e-s placé-e-s sous surveillance fédérale.
Leur rôle consiste à faciliter la transition des personnes incarcérées dans un établissement fédéral vers le marché du travail à leur sortie de l’établissement. Le personnel du CEC réalise des évaluations d’emploi personnalisées afin de déterminer :
- les compétences professionnelles;
- les niveaux d’éducation;
- les obstacles à l’emploi;
- les perspectives d’emploi.
Ces évaluations servent de base à l’élaboration de plans d’action personnalisés en matière d’emploi, adaptés aux besoins des délinquant-e-s et aux conditions de leur surveillance.
i. Recherche d’emploi et préparation à l’emploi : Les CEC aident les délinquant-e-s à se préparer à l’emploi en leur proposant des services de rédaction de CV et de lettres de motivation, une préparation aux entrevues, un encadrement pour la recherche d’emploi et une formation au comportement en milieu de travail.
Il convient de noter que de nombreux délinquant-e-s ont besoin d’un encadrement individuel intensif en raison d’une expérience d’emploi limitée, d’un faible niveau d’alphabétisation ou de longues périodes d’incarcération.
ii. Engagement des employeurs
Les CEC établissent et entretiennent des relations avec des employeurs disposés à embaucher des personnes ayant un casier judiciaire. Ces réseaux jouent un rôle essentiel pour surmonter les réticences des employeurs et les préjugés liés à l’embauche d’ancien-ne-s détenu-e-s.
Les CEC aident également les employeurs en :
- répondant aux préoccupations au sujet du casier judiciaire;
- facilitant les discussions sur la divulgation;
- coordonnant les mesures d’adaptation en milieu de travail;
- veillant au respect des conditions de libération.
iii. Gestion des risques et coordination des dossiers
Les CEC travaillent en étroite collaboration avec les équipes de gestion des cas afin de s’assurer que les placements professionnels sont compatibles avec les conditions de surveillance. Cela implique notamment de veiller au respect des restrictions concernant :
- l’utilisation d’Internet et des technologies;
- les couvre-feux;
- les restrictions de déplacement;
- les restrictions de contact;
- les obligations en matière de notification des victimes.
Cette coordination permet d’éviter les violations involontaires des conditions de libération conditionnelle.
iv. Soutien après le placement
Les CEC assurent un suivi continu auprès des délinquant-e-s et des employeurs une fois que l’emploi est confirmé.
Ce soutien permet de régler rapidement les problèmes en milieu de travail et favorise le maintien en poste. Conserver son emploi est souvent aussi difficile que d’en trouver un, en particulier pour les personnes confrontées à des obstacles complexes à leur réinsertion.
Le mandat du Service correctionnel du Canada
Le SCC est chargé d’assurer l’exécution des peines fédérales d’une durée de deux ans ou plus et de favoriser la réinsertion sociale en toute sécurité des délinquant-e-s, dont la plupart réintégreront leur collectivité au Canada après avoir purgé leur peine dans un pénitencier fédéral.
La surveillance communautaire est assurée par des agent-e-s de libération conditionnelle et s’appuie sur de nombreux acteurs jouant un rôle essentiel dans la réinsertion et l’intervention, notamment celui de coordonnateur de l’emploi dans la collectivité, regroupés sous l’appellation d’« équipes de gestion des cas ».
Les services de réinsertion sociale comprennent souvent :
- l’aide à l’emploi et à la formation;
- les services de santé mentale;
- les partenariats communautaires;
- divers programmes;
- le soutien religieux ou culturel;
- la surveillance des risques et le contrôle de la conformité.
Dans ce cadre, les coordonnateurs de l’emploi dans la collectivité jouent un rôle spécialisé axé précisément sur la réinsertion professionnelle.
Contexte : Le Cadre fédéral visant à réduire la récidive
Le Cadre fédéral visant à réduire la récidive, élaboré et supervisé par Sécurité publique Canada, établit une approche nationale coordonnée visant à lutter contre les causes profondes de la récidive chez les personnes impliquées dans le système de justice pénale.
Le cadre fait état de plusieurs facteurs clés de réussite de la réintégration, notamment :
- Stabilité de l’emploi et du revenu
- Éducation et formation professionnelle
- Logement stable
- Accès aux soutiens sociaux et communautaires
- Santé mentale et traitement des dépendances
Le rapport d’étape de 2025 sur le Cadre fédéral visant à réduire la récidive souligne que l’emploi est l’un des principaux facteurs de protection associés à une réduction de la récidive.
Les études montrent systématiquement que les personnes qui trouvent un emploi stable après leur sortie de prison sont moins susceptibles de resombrer dans la délinquance.
L’emploi contribue à la réinsertion en :
- apportant une structure et une routine;
- renforçant la stabilité financière;
- renforçant l’identité prosociale;
- favorisant les liens communautaires.
Par conséquent, les programmes d’emploi constituent un élément central des stratégies fédérales de réinsertion.
